Les fiches IROKO

La Salsa

née à New-York, mais ses racines sont bien cubaines !

On l'ignore souvent, mais si la Salsa a des racines en droite provenance de Cuba, elle est née... à New-York dans les années 1960 ! Elle s'est propagée ensuite dans l'ensemble de la région des Caraïbes hispaniques où son audience lui permet d'acquérir de nouvelles caractéristiques.

Les musiciens portaient alors un costume trois pièces et les femmes s'habillaient de façon élégante et sexy. La Salsa se danse en couple.

 

 « Salsa, un rythme ? »

La salsa n'est pas un rythme particulier mais un ensemble de rythmes, une « sauce » de Sons, Sons Montunos, Guarachas, Boleros, Danzons, merengues, rumbas, mambos, folklore afro-cubain...

C'est une forme ouverte capable de représenter la totalité des tendances que l'on retrouve dans le contexte urbain des Caraïbes contemporaines. Energique et sensuelle, la salsa est le symbole de la vitalité des cultures afro-latines. Elle est fluide, jouissive, tout en rondeurs.

 

Les instruments de musique

Les instruments de la Salsa sont multiples. La conga est un tambour frappé avec les mains nues, tenu entre les jambes ou monté sur un pied. Le bongo est un petit tambour double tenu sur les genoux, frappé avec le bout des doigts. Les timbales sont deux caisses claires montées sur un pied ; elles se jouent avec des baguettes ou à mains nues. D'autres percussions interviennent comme les maracas, le güiro, la tambora, les claves... On retrouve également la contrebasse, le piano, la guitare, le tres, les trombones, les trompettes...

 

L'histoire

1925... L'amérique découvre la musique cubaine

En 1925, Machado est Président de la République et ouvre le pays. Cuba est le lieu préféré des Américains. Les maisons de disques américaines s'intéressent à la musique cubaine qui va alors se propager aux Etats-Unis puis dans le monde entier. Des artistes cubains iront enregistrer dans des studios du Bronx notamment.

 

1930... Cuba envahit les Etats-Unis !

En 1930, après le succès d'« El manisero » par Antonio Machin, les Etats-Unis s'emballent pour la musique cubaine suscitant dans leur esprit des fantasmes tropicaux et adoptent la Rumba de salon. Antonio Machin a été un grand ambassadeur  de la musique cubaine. Arrive ensuite la Conga de salon dans les orchestres latins.

Mais malgré les succès de la Rumba et de la Conga, les débouchés pour les musiciens latins sont limités. La concurrence est importante, les engagements sont peut rétribués. Pour réussir, les musiciens jouent également de la musique américaine.

 

Des années 1940 aux années 1960... la naissance de la Rueda de Casino

Les influences propres à Cuba et celles de l'Amérique du Nord  vont fusionner et vont donner naissance à de nouveaux styles musicaux métissés comme le Son urbain greffant les sonorités du jazz sur le socle rythmique du Son.

Les rythmes cubains rayonnent dans le monde entier. Et particulièrement aux Etats-Unis où l'orchestre de jazz de Machito anime les nuits New-yorkaises.

 

A La Havane, on danse dans toutes les classes sociales sous la double influence de la musique cubaine et les nouveaux styles de danses venus des Etats-Unis comme le Rock'n'Roll.

Va alors apparaître une danse associant les positions du Rock où la fille fait des tours et des acrobaties guidée par le garçon et la base du Son urbain interprété par les orchestres de l'époque. Ce nouveau style de danse incorpore l'idée d'un changement régulier de partenaire entre les couples dansant dans une ronde, « la Rueda ».

Comme ce style est à l'origine dansé au Casino de Miramar, haut lieu de la haute société, on l'appelle « Rueda de Casino » puis « Casino ». C'était dans les années 1950 ; on y trouve 3 caractéristiques :

  • c'est d'abord une création spontanée des danseurs et non un style inventé par un orchestre ou une école,
  • ensuite, c'est une création collective ou chacun pour apporter une idée de mouvement ou de figure qui est alors accepter ou pas par le groupe,
  • enfin, malgré sa caractéristique spontanée, la discipline de groupe est stricte. Les participants doivent suivre le meneur et maitriser le vocabulaire des figures sous peine d'être exclu des Ruedas.

 

La Révolution castriste (1959) va avoir une influence considérable dans la diffusion de ce style de danse en ouvrant les clubs privés à la population et ceux-là même quand des milliers de jeunes venaient de toute l'île à La Havane pour faire des formations.

La Rueda perd alors son statut de danses de privilégiés pour devenir un phénomène de masse. Ce mouvement est amplifié quand des jeunes Havanais participent à des camps de travail agricoles et d'alphabétisation, à l'occasion desquels ils vont diffuser la danse dans tout le pays.

La télévision cubaine joue aussi un rôle dans la diffusion de la Rueda en faisant entrer les Casineros comme Rosendo.

 

En 1964, Jerry Masucci et Johnny Pacheco fondent le label Fania. Le label rachète les autres petits labels latinos. A la fin des années 1960, la Fania est prête à conquérir le monde avec ses artistes Cubains comme Celia Cruz, Ray Barreto, Roberto Roena, Ricardo Ray, Bobby Cruz, Willie Colon... L'orchestre Fania All Stars donnent de nombreux concerts, enregistrent plusieurs albums... le succès est là.

La Salsa exprime des préoccupations politiques et sociales. Dans toute la Caraïbe, en Amérique du Sud et en Europe, particulièrement en France, cette « sauce » va gagner des milliers d'adeptes.

 

Les années 1970, 1980... le boom de la salsa

Les disques Fania organisent un club New-Yorkais inspirés par les « descargas » (1973).  Leur spontanéité et leur exubérance annonce la « salsa ». Elle est dominée par les accents rauques du trombone.

La musique cubaine continue d'évoluer sous l'influence de deux courants. D'une part, l'intégration de nouvelles sonorités venues de la musique nord-américaine contemporaine comme le jazz, le rock, la pop avec le groupe de jazz « Irakere » ou les Van Van. D'autre part, on redécouvre les rythmes cubains traditionnels comme Ellio Revé  avec le Changüi oriental ou Alberto Alvarez et son orchestre « Son 14 » qui remet le Son au gout du jour et préserve le style Casino au travers de chansons, par l'organisation de festivals et plus tard, par des émissions de télévisions.

 

Tito Puente rend hommage à Benny Moré, Larry Harlow à Arsenio Rodriguez et se constitue le conjunto « tipico » Son de la Loma.

Ce n'est qu'à la fin des années 1970 que Cuba  connaît la Salsa (l'embargo le rend absent des circuits de diffusion). En 1977, des musiciens américains jouent à La Havane et en reviennent enthousiasmé par la musique. Le disque « Havana/New-York » réunit des instrumentistes cubains et américains et des groupes de Cuba recommencent à se produire à New-York.

 

Oscar D'Léon s'est rendu en tournée à Cuba (1982) et les Cubains découvrirent une nouvelle interprétation du Son. Le chanteur déclara que la Salsa n'était qu'une dérivation commerciale des rythmes cubains. La communauté salsera cubaine de Miami menaça de le priver de tourné et d'enregistrements ; le chanteur fut alors obliger de se rétracter. Isolé du marché discographique par le blocus américain, les Cubains disent que la Salsa est une manipulation commerciale de l'impérialisme.

 

1990... De la salsa à la timba

Au cours des années 1990 la Timba arrive à Cuba. Cousine de la Salsa par sa structuration combinant les apports de la musique cubaine traditionnelle et les influences de la musique nord-américaine contemporaine.

C'est à cette époque qu'apparaissent de grands orchestres comme la « Charanga Habanera ». Arrive alors une mode internationale de danse de Casino enseignée en Europe par les Cubains émigrés, la « Salsa cubaine ». Ainsi, Cuba va recevoir un flux touristique encouragé par les autorités dans cette période économique de crise aigüe et de pénurie connue sous le nom de « Período especial ».

 

Les autorités et les particuliers vont répondre à cette demande touristique en créant les « casas de musica » et en donnant des cours plus ou moins clandestinement de « Salsa cubaine », c'est-à-dire de Ruedas de Casino modernisées  adaptées au goût actuel et transformé en danse de couple.

Mais ce nouveau style est différent de celui de 1950, il se danse plutôt en couple et incorpore l'influence afro-cubaine et la Rumba.

Pendant les 15 ans suivant, le Casino connaît une période de renaissance mais la jeunesse de l'île est davantage attirée par le Reggaeton. Il y a toujours des concours, des émissions de télévisions mais ce sont surtout les touristes qui sont demandeurs de ce style de danse. De plus, les problèmes économiques font qu'il y a peu de clubs de danses à La Havane.

Durant ces dernières années, l'amélioration économique et l'assouplissement du blocus américain, vont permettre l'augmentation du nombre des clubs de danses.

 

A lire :

  • «Danses latines» (E. Dorier-Apprill ; Ed. Mutations)
  • «Ma Salsa défigurée» (S. Escalona ; Ed.L'Harmattan)
  • «La salsa et le latin-jazz» (I. Leymarie ; Ed. que sais-je ?)
  • «Les musiques cubaines» (F.-X. Gomez ; Ed. Librio musique)
  • «Cuban Fire» (I. Leymarie ; Ed. Outre mesure)
25 Août 2016